"La moisson de nos champs lassera nos faucilles
Toute sorte de bien comblera nos familles
Et les fruits passeront la promesse des fleurs"
Malherbe n'a sans doute jamais vu le Cambodge et ignorait sans doute même son existence. Ces vers écrits à une autre époque et sous d'autres latitudes me reviennent cependant à l'esprit en cette période de moisson cambodgienne. Si le texte est du 16eme, les images seraient plutôt du 19eme. On se croirait dans un tableau de Millet (avec un peu plus de lumière) et on est presque à attendre que l'angélus vienne à sonner …
Et oui depuis quelques semaines, le vert des paysages s'est transformé en un jaune plus doré sous le poids de dos courbés. Le riz sèche maintenant devant toutes les maisons, les moulins tournent et de grands sacs prennent la direction des marchés. L'argent commence à rentrer dans les foyers. C'est l'époque des achats, l'époque aussi pour construire les maisons.
Les repères changent. Les bords des fleuves, hier inondés, se révèlent, dès l'eau retirée, des lieux rêvés de maraîchage. Un vert tendre ponctue désormais leurs pentes un peu plus sombres. Ensuite le paysage s'assèche déjà, la végétation devient plus claire, le sol se craquelle, un avant goût d'été pointe son nez …
Et les vaches, repues de la paille fraîchement accumulée, nous regardent béatement passer.
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