Lundi 23 octobre 2006
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Partir au Cambodge, au départ, c’était surtout l’envie de partager 6 mois dans ce beau pays avec Vanessa. On pourrait dire qu’elle a été le précieux catalyseur d’un mélange d’envies qui n’attendait qu’une étincelle pour réagir et se déclencher. Après quelques hésitations à consacrer ces 6 mois à la rêverie et à la contemplation, parsemés de désirs de peinture et d’écriture, je suis resté, au fond, bien classique : me trouver un boulot et servir à autre chose qu’à moi-même.
Après quelques contacts avortés avec le monde de la micro finance (ça fait bien en ces temps de prix Nobel de monter que l’on s’intéresse à ce genre de sujets) je me suis orienté vers un domaine complémentaire à ce brillant concept : j’ai nommé la micro-assurance.
Le concept est assez simple à comprendre, si la micro finance consiste principalement via le micro crédit à prêter de faible montant à des gens exclus du système bancaire, la micro assurance, quant à elle, cherche à fournir une couverture à des gens qui n’auraient pas les moyens d’accéder à des systèmes d’assurance privés. Même si le concept est assez basique, le champ d’application est, quant à lui, beaucoup plus large. Le projet sur lequel je travaille se consacre à la micro assurance dans le domaine de la santé. Il a été initié par le GRET en 1999, s’appelle SKY et couvre aujourd’hui près de 8000 personnes. Je vais m’occuper de son déploiement dans une région (Kâmpong Thôm pour les initiés à la géographie cambodgienne) plus quelques activités au niveau du siège (RH, reporting, …).
Le coût de la santé au Cambodge par les chiffres, ça donne quoi ! Pour un coût moyen de $34 par personne et par an dépensés pour la santé en 2002 (ce chiffre ferait rêver notre chère sécurité sociale !) : $3 proviennent du gouvernement, $7 des ONG et des fonds internationaux et $24 directement de la poche des cambodgiens. Ce sont ces $24 qui nous intéressent.
Bon les chiffres c’est certes intéressant mais ça n’explique pas tout. La santé au Cambodge se caractérise aussi, comme dans tous les pays d’ailleurs, par ses propres pratiques. L’élément principal est peut être une dévotion quasi absolue aux médicaments et encore plus aux injections de sérum (on pourrait comparer ça à la consommation frénétique d’antibiotique de nos chères contrées). La deuxième caractéristique est le manque de confiance accordé au secteur médical public. Et puis la troisième caractéristique consiste en des pratiques ou des croyances quelque peu éloignées de notre enseignement cartésien. Tout cela entraîne une consommation effrénée de médicaments (incluant les dépenses qui vont avec) et un recours très fréquent à une médecine privée, plus chère, mais d’avantage de proximité et plus prolixe en médicaments de toutes les couleurs (les génériques fournis dans le système public sont tous blancs et ça les fait pas rêver !).
Le but du produit d’assurance est avant tout de sécuriser les économies familiales en limitant et surtout en lissant les dépenses de santé. Une étude récente montre que 60% des paysans ayant vendus des terres l’ont fait pour faire face à des dépenses de santé exceptionnelles. Limiter les dépenses se fait en réalisant un objectif corollaire : améliorer l’accès aux structures de soins publics bien moins chères (l’assurance ne couvre pas les médecins privés). Les lisser, c’est la nature même de l’assurance : collecter des primes modérées tous les mois et couvrir toutes les dépenses en cas de coût dur. Une chose est sure : je ne verrai plus jamais les assurances comme avant. Il y a quand même du bon à pouvoir dormir sur ces deux oreilles et ne pas avoir à revendre terres et cochons pour payer une césarienne sans laquelle on perdrait femme et enfant. Pour les amateurs de chiffre, le coût annuel mensuel de l’assurance est d’environ $5. Je vous laisse faire les calculs des économies réalisées.
Mais une fois plus la vie ne se résume pas en des démonstrations savantes et en des conclusions brillantes. Développer un tel produit d’assurance est complexe lorsqu’on s’adresse à une population ou le cycle de gestion est parfois assez proche de la journée. Pourquoi payer $5 alors que je ne serai peut être pas malade ? Pourquoi payer $5 pour être soigné dans de mauvaises conditions et loin de chez moi ? Quelques questions et bien d’autres qui constituent le chemin qui reste à parcourir …
Par Vincent
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Vendredi 13 octobre 2006
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03:39
Un petit traducteur installé sur mon ordinateur m’aide à l’occasion (assez fréquente ces derniers temps) pour trouver un mot ou l’autre qui me manque en anglais. N’étant plus sur du pluriel de minutes en anglais pour compte rendu de réunion, j’ai donc lancé la recherche. Et le résultat (toujours donné dans 4 langues) m’a amusé car il correspond à mes yeux aux clichés que l’on peut se faire des différents pays.
L’anglais minutes (même si ça n’a en fait aucun rapport je crois) fait penser à cette aptitude pragmatique et rapide que l’on prête aux américains dans les affaires. Faire bref et direct.
Pour le français « compte rendu » on retrouve ce côté un peu pompeux et formel du pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué. Il faut vraiment avoir une haute idée de soi même pour inventer un mot pareil quand même.
Quant à l’allemand, ça en est presque drôle tellement c’est caricatural : « protokoll ». Comme si l’insignifiance des choses dites en réunion devenait soudainement définitive, gravées dans un métal froid et lourd qui engagent les deux parties à ne plus jamais changer d’avis. En espagnol « Acta » me fait penser à la corrida, à cette bravoure dans le rythme : olé !
Mais je garde le meilleur pour la fin : l’italien. Ils appellent ça « verbale » comme si les paroles ne pouvaient à jamais ne rester que des paroles et qu’elles chercheraient toujours à s’envoler même si des esprits scrupuleux et étroits cherchaient désespérément à les fixer à jamais sur un support lisse et froid.
Vendredi 13 octobre 2006
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A trois encablures de Phnom Penh, posée au beau milieu du Mekong, se dresse une île. D’un saut de ferry on passe des horreurs de la ville à ces paysages longs et fluides de la campagne cambodgienne, comme si le mauvais goût ne savait pas nager.
Nichée dans les bras du fleuve, à l’abri de morsures trop profondes, cette île apparaît soudain comme la réalisation de cet ancien rêve de douves : ceinture aquatique protectrice et scintillante.
La ballade n’en est que plus belle. Les inondations de saison obligent à de nombreux détours et on se laisse bercer par ces chemins interrompus, ces nécessaires demi tours et par ce labyrinthe sans issue. Heureusement, les seuls minotaures que l’on a croisés sont ces chiens qui pullulent à la campagne et qui ont aimé parfois d’un aboiement plus rapproché tester l’accélération de notre moto. Ca m’a rappelé une ballade à cheval en Mongolie (n’est ce pas Cédric!). Si ce n’est ces accélérations soudaines, avec les pieds en l’air, quel bonheur de prendre son temps loin du bruit de la ville.
Les maisons, majoritairement en bois, abritent sous les pilotis un métier à tisser dont l’île tire son nom. Ici pas de canuts et de traboules, juste quelques ballots de tissus qui le soir venu rejoindront l’autre rive pour débuter un long voyage. Ils deviendront souvenirs et après quelques heures passées dans la soute d’un avion, ils rejoindront la lumière pour découvrir des sourires émus et pour offrir un peu de chaleur à quelques nez pointus une fois l’hiver venu.
Par Vincent
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Vendredi 13 octobre 2006
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Mon vélo s’appelle Alfred. Il est grand et noir. De son passé aucune trace. Rien. Un vide qui ne sera jamais comblé, il faudra s’habituer. Nos chemins se sont croisés un peu par hasard, une négociation rapide avec un intermédiaire pressé et, voilà, nos sorts sont liés. Il nous reste maintenant à écrire une nouvelle histoire qui, elle aussi, un jour, sera oubliée. Mais bon, mieux vaut ne pas y penser. Faire connaissance comme si de rien n’était. Profiter calmement des découvertes faites au gré des chemins. Ne pas chercher à savoir quelle aventure l’a à jamais privé d’une rotation parfaite : trouble génétique, mauvais traitement, accident mal soigné, … Combien d’hypothèses comme celles là resteront sans réponse ? Non, je vous le dis, il ne faut mieux pas y penser. Il faut mieux rouler, rouler, et rouler, à perte de vue …
Et puis quand vient la nuit, laisser la dynamo nous offrir cette musique lancinante et cette lumière vacillante propices à la danse du monde.
Lundi 2 octobre 2006
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Notre week end à Kampot a été aussi l’occasion de voir mes 2 oncles, mes 2 tantes et de nombreux cousins et cousines. Nous avons passé beaucoup de temps avec Meng, mon oncle revenu au Cambodge depuis bientôt 2 ans après avoir vécu plus de 20 ans en France et mon cousin Thay, qui a toujours vécu à Kampot.
Nous avons été chaleureusement accueilli par Ly Pô, l’oncle le plus âgé qui est toujours aussi actif. Nous étions contents d’être dans un endroit aussi convivial que sa maison à Kampot ! Nous avons profité des hamacs sous son kiosque en face d’une petite mare où il y aurait, parait-il, une multitude de poissons à pêcher et … à manger ! Nous avons goûté aux « num ansom », gateaux traditionnels à base de riz gluant et de bananes très mûres enveloppés dans une feuille de banane. Nous avons également goûté au plaisir de faire la cuisine en plein air avec toute la famille : spectacle des woks et des marmites sur les braséros. Après le déjeuner familial, ma cousine et son mari nous ont emmené visiter le dispensaire qu’ils ont créé dans un village très pauvre. Beau projet, sponsorisé par les japonais, fait avec les moyens du bord : quelle volonté et quelle énergie !
Nous avons également rendue visite à Kao Liv (nom chinois qui désigne tante) où nous avons dîné sous son petit kiosque. Le dialogue était plus limité, car notre niveau de khmer n’était pas suffisant pour avoir une discussion plus élaborée avec elle. Elle nous a montré en photo la future femme de Sokha mon cousin qui habite en France et qui je pense n’est pas au courant qu’on lui cherche une femme au Cambodge. Suite au prochain épisode.
Par Vanessa
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