Mercredi 7 février 2007 3 07 /02 /Fév /2007 09:00

Nous sommes nés de la plaine, d'un monde qui s'étire à la moindre lueur

Quelques montagnes au loin structurent le décor, lui offrent ses limites 

Et l'eau, partout, en mille méandres, aux mille refuges et aux mille reflets

Le temps immense de ses bras adoucit nos détours 

Ecoutons le silence : silence du jour, silence des nuits, et pourtant quelle présence ! 

A la mesure d'un orchestre dans son suspens, en plein équilibre, 

Oui, une sorte d'aisance à se taire pour mieux laisser, enfin, sourdre la parole 

Surprise du matin, le brouillard impose sa distance, une sorte d'hésitation à la frontière du réel 

Mais déjà les après midi d'été nous irradient de leur clarté retrouvée, droit dans le cœur

Le regard s'arrête fasciné par la lumière. Généreuse, elle l'invite à danser 

Et devant nous, à perte de vue, les paysages s'étalent dans leur écrin sauvage, à satiété

Des couleurs les rehaussent, des chemins les parsèment, une fulgurance les habite

Et parfois quant vient le soir, une pierre les entraîne, fragiles, dans sa tombée 

Et l'homme les sillonne, dans tous les sens, par tous les temps

Que de rencontres dues à des trajectoires improbables ! 

Que de souvenirs délicieux aux origines insondables ! 

Ici, le bonheur se dessine par petites touches, en harmonie

Depuis toujours, la route déplait, on lui préfère le sentier

Vieille sagesse emplie d'humilité où on aime à se perdre pour mieux se retrouver

Par Vincent - Publié dans : apsara
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Vendredi 26 janvier 2007 5 26 /01 /Jan /2007 11:47

Apprendre le khmer, au début, c'était une bonne idée. Maintenant c'est une réalité.

J'ai jamais été fort pour les langues : 9 ans d'allemand pour maîtriser le vocabulaire d'un nourrisson et 15 ans d'anglais pour encore faire des fautes de grammaire dignes d'un acteur des films de Ken Loach et pour mettre parfois tellement de temps à trouver mes mots que mes interlocuteurs me soupçonnent d'être bègue. Quant à la prononciation, n'en parlons pas.  

Mais bon, l'espoir fait vivre … et motivé comme jamais que je me suis mis au khmer.

Vanessa, une fois de plus, avait arrangé les choses, et par une belle soirée nous nous sommes retrouvés sur notre terrasse avec Neak Krou Sana (Professeur Sana). Et nous voilà partis pour deux leçons de Khmer par semaine de 18h30 à 20h. Au boulot, fainéants!

Que dire en quelques mots sur notre cher professeur. Personnage délicieux et intéressant qui du haut de ses près de 70 ans et de sa petite taille, s'active encore du soir au matin pour faire une traduction par ci et donner quelques cours par là. Personnage délicieux donc avec une histoire longue comme le bras et qui se distille au gré des leçons et au gré des rencontres : élevée, à l'époque coloniale,  dans une famille française où ses parents travaillaient comme personnel de maison; professeur ensuite de mathématique dans les années qui suivirent, mélange étrange durant la période trouble entre son mari tué et l'obtention de la médaille de la parfaite ouvrière sous les khmers rouges pour se retrouver ensuite, débrouillarde et pleine d'énergie, dans cette manne financière des ONG et des expatriés. Alors une traduction par ci, un cours par là et toujours le sourire, un français très frais et précis et puis ses bras chargés de teuk ampeuv (jus de canne) chaque fois qu'elle vient chez nous.

Ce personnage délicieux, dis-je, s'avère en revanche un professeur sévère! Petites tapes et invectives sont mon lot quotidien. La douceur de Vanessa lui confère en revanche d'autres égards! C'est donc avec un style très école communale d'après guère que le khmer s'est frayé une brèche dans mon cerveau revêche.

Pour Neak Krou, l'apprentissage est affaire de méthode. Pourquoi pas … En revanche au lieu de choisir l'acupuncture ou le yoga, ce qui aurait mieux convenu à mon esprit touché par la torpeur tropicale, sa méthode est plus aride : apprendre l'alphabet khmère! Rassurons nous, il ne s'agit pas d'idéogrammes, mais bien de lettres, mais quelles lettres : une cinquantaine de signes assez semblables pour nos yeux si peu exercés aux envolées graphiques et aux courbes savantes. Plus techniquement, l'alphabet se compose de voyelles et de consonnes, plus quelques signes anciens qui composent à eux seuls un son, ou un mot.

Et bien, par quel mystère je ne le saurais jamais, mais cette approche par la porte étroite de la langue m'a plu. Plaisir purement intellectuel d'abord de se violenter un peu la cervelle, de s'obliger à une gymnastique neuronale salutaire et puis, peut être de manière plus profonde, cette vieille culture judéo chrétienne qui me colle aux tongs et où il est bon de souffrir pour obtenir ce que l'on aime. Alors voilà l'apprentissage de l'alphabet m'a plu.

Retour en enfance pendant quelques semaines, cahiers à carreaux et pages d'écritures. S'appliquer à écrire et prononcer en même temps chacune de ces lettres : kxKX. Bonheur simple comme je les aime tant.

Aujourd'hui, la lecture reste toujours devant moi, à distance de bras certes, mais d'un bras de géant. Je connais les lettres, je sais déchiffrer mais en khmer, quand on écrit on ne sépare pas les mots. Reste donc au lecteur à deviner où ils s'arrêtent et où commence le suivant. Lire revient donc à connaître son vocabulaire et si le plaisir de décortiquer le système à su mobiliser un peu de mon énergie, la plaine immense du vocabulaire m'a tenu à distance. Je baragouine donc et végète lamentablement dans ce stade ou la situation fait encore plus que le dialogue. Le comique y gagne mais l'échange y perd.

Du haut de mon frêle monticule cursif, mon âme, de plus en plus contemplative, admire à perte de vue le paysage immense des mots. Le soir, la parole m'échappe et je devine alors cette langue superbe, qui ne sera jamais la mienne, prendre possession de la plaine, s'étaler en mille méandres et redevenir dans un ultime éclat aussi précieuse que l'eau.

Par Vincent - Publié dans : apsara
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Vendredi 26 janvier 2007 5 26 /01 /Jan /2007 11:44

Prenez une feuille. Dessinez des routes, assez larges, avec même des trottoirs. Ajoutez y des maisons et des magasins.

Prenez des gens. Environ 1 million. Saupoudrez les sur la feuille.

Imaginez maintenant des moyens de locomotion avec des vitesses variables.

Faites fonctionner l'ensemble et parlez en à votre voisin.

Si les magasins s'étalent sur les trottoirs obligeant les gens à marcher dans la rue. Si les motos se faufilent entre les voitures qui évitent les mobylettes qui doublent les vélos dépassant les pousse pousse qui eux contournent les piétons. Vous avez une très grande imagination.

Si un chien traverse à ce moment là et qu'un 4*4 (Lexus de préférence) arrive à fond en sens inverse, en klaxonnant et en faisant tomber une à deux personnes alors félicitations : vous venez de recréer Phnom Penh.

Par Vincent - Publié dans : apsara
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Lundi 15 janvier 2007 1 15 /01 /Jan /2007 12:01

"La moisson de nos champs lassera nos faucilles

 

Toute sorte de bien comblera nos familles

 

Et les fruits passeront la promesse des fleurs"

 

Malherbe n'a sans doute jamais vu le Cambodge et ignorait sans doute même son existence. Ces vers écrits à une autre époque et sous d'autres latitudes me reviennent cependant à l'esprit en cette période de moisson cambodgienne. Si le texte est du 16eme, les images seraient plutôt du 19eme. On se croirait dans un tableau de Millet (avec un peu plus de lumière) et on est presque à attendre que l'angélus vienne à sonner …

 

Et oui depuis quelques semaines, le vert des paysages s'est transformé en un jaune plus doré sous le poids de dos courbés. Le riz sèche maintenant devant toutes les maisons, les moulins tournent et de grands sacs prennent la direction des marchés. L'argent commence à rentrer dans les foyers. C'est l'époque des achats, l'époque aussi pour construire les maisons.

 

Les repères changent. Les bords des fleuves, hier inondés, se révèlent, dès l'eau retirée, des lieux rêvés de maraîchage. Un vert tendre ponctue désormais leurs pentes un peu plus sombres. Ensuite le paysage s'assèche déjà, la végétation devient plus claire, le sol se craquelle, un avant goût d'été pointe son nez …

 

Et les vaches, repues de la paille fraîchement accumulée, nous regardent béatement passer.

 

 

Par Vanessa et Vincent - Publié dans : apsara
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Samedi 30 décembre 2006 6 30 /12 /Déc /2006 03:55

ça y est l’hiver est arrivé au Cambodge : la température est passé de 30° en journée à 25° et le matin nous atteignons même 23° ! Bonnets pour les enfants, anoraks pour les grands .. on a beau dire, on sent la différence. Cette période dure 3 semaines à peu près..

Quant aux fêtes de fin d’année, nous sommes bien éloignés de l’ambiance festive qui règne en France à cette période de l’année. Noel est un jour comme les autres mais nous avons quand même fêté le réveillon de Noêl avec mes parents sur notre agréable terrasse après une semaine de périple intense dans le pays (suite au prochain épisode): bouteille de champagne et foi gras ramené de France, puis resto de viande grillé juste à côté de chez  nous dans un cadre un peu « recherché » par rapport aux bouibouis où on aime bien aller. 

 Après de longues hésitations nous préférons finalement rester tranquille à Phnom Penh le week end du réveillon du jour de l’an plutôt que d’aller se dorer la pillule à la plage à Sihanoukville comme c’était prévu initialement. Et oui, on commence à s’attacher à cette ville, à notre appartement et à notre charmante rue animée. Comme d’autres amis, ce sera le dimanche après midi que nous déciderons du réveillon : on commence vraiment à s’habituer à ne plus rien planifier en avance car ici rien ne se déroule jamais comme prévu…

 Nous vous souhaitons à tous de très bonnes fêtes et à l’année prochaine !

Je joins la carte de vœux  du centre de formation (CIST) où je commence à m’attacher à tous les étudiants et à toute l’équipe.  Une équipe locale, pleine de bonne volonté, impliquée dans le projet et avec un bon potentiel, commence à se constituer à notre plus grande satisfaction. Les étudiants progressent à vue d’œil et ont une soif d’apprendre intarissable. La nouvelle promotion de 70 élèves est très prometteuse alors que  la première promotion pilote de 20 étudiants continue sur salancée, bref de belles perspectives et encore plein de choses à venir : résultats de la fin du semestre, inauguration des nouveaux bâtiments, recherche de stages longs de pré-embauche pour notre première promotion, participation à l’organisation d’un forum de l’emploi, l’organisation des visites d’entreprise et de conférences…

 

 

 

 

Par Vanessa et Vincent - Publié dans : apsara
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